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jeudi 26 avril 2012

en ligne: Jean-Jacques Rosat, Chroniques orwelliennes


Jean-Jacques Rosat
Chroniques orwelliennes
Collection :Rationalité, vérité et démocratie
site éditorial « La philosophie de la connaissance au Collège de France »
2012

 

Les articles, préfaces et conférences ici réunis sont les chroniques d’une réflexion engagée depuis 2003 sur les idées et les écrits de George Orwell. Cette recherche s’est développée principalement selon trois axes.
(1) Le penseur politique. Sur les relations entre liberté et vérité, les mécanismes du contrôle des esprits, la « décence commune » comme ressort fondamental de l’action, l’importance décisive des expériences politiques et du langage permettant de les dire, ou la critique des formes de domination qu’exercent les intellectuels, l’originalité de ses idées et leur fécondité pour la réflexion contemporaine sont évidentes.
(2) Le militant politique. Quel a été son itinéraire et quelles positions a-t-il défendues. Loin d’avoir été celles de l’« anarchiste tory » qu’on prétend souvent, sa pensée et son action se sont inscrites dans un courant politique aujourd’hui largement refoulé : la gauche socialiste révolutionnaire dissidente, antistalinienne, radicale et égalitaire.
(3) L’écrivain politique. Quelles sont ses idées sur les relations entre littérature et politique, et comment les a-t-il mises en pratique dans son activité de romancier, journaliste, essayiste et critique littéraire ? Il l’a déclaré en 1946 : « Ce que j’ai voulu plus que tout, c’est faire de l’écriture politique un art. »

  • Avant-propos [Texte intégral]
  • Chronique 1
    Réflexions sur 1984
    1. Quel genre de roman est 1984 ? • 2. L’expérience de lecteur du roman comme source de connaissance • 3. Quel genre de connaissance nous donne 1984 ?
  • Chronique 2
    Orwell et la défense de l’homme ordinaire
    1. Il y a un monde ordinaire • 2. Qui est l’homme ordinaire ? • 3. L’homme totalitaire • 4. Le totalitarisme, « vœu secret de l’intelligentsia » • 5. « Honnêteté commune » et politique • 5. Le patriotisme des déracinés • 6. Devenir des intellectuels ordinaires
  • Chronique 3
    1. Un itinéraire politique et littéraire • 2. Qu’est-ce qu’une expérience politique ? • 3. Ni anarchiste ni tory • 4. Les motifs d’être socialiste • 5. L’homme ordinaire et la décence commune • 6. Le différend Chomsky-Foucault
  • Chronique 4
    Quelques notes de lecture
    1. Orwell et la critique littéraire • 2. Ni artiste pur, ni écrivain engagé • 3. Écrire à partir de ses expériences politiques • 4. Littérature et totalitarisme • 5. Deux défenses de la littérature • 6. Le critère de la durée • 7. Les bons mauvais livres • 8. « Tout art est propagande » • 9. Comment Orwell lit Dickens • 10. Contre l’immunité artistique • 11. La maxime de sincérité • 12. Le libéralisme, condition de possibilité de la littérature • 13. La tension irréductible entre politique et littérature
  • Chronique 5
    Préface à Orwell, À ma guise.
    1. La critique du journalisme • 2. La réinvention de la chronique • 3. « Dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre » • 4. Journalisme et combat politique
  • Chronique 6
    1. L’humiliation sociale et l’exigence d’égalité • 2. Classe sociale et identité • 3. L’égalitarisme • 4. Classe, race et nation • 5. La lutte de classes : lutte pour la richesse ou pour le pouvoir ?
  • Chronique 7
    Sur le contrôle des esprits [Texte intégral]
    1. Le nouveau contrôle des esprits • 2. Théorie, littérature et expérience • 3. Première objection : en quoi ce mode de domination est-il nouveau ? • 4. Deuxième objection : nous avons déjà le concept d’« idéologie dominante » • 5. Troisième objection : le concept de totalitarisme est un concept contesté • 6. Ce mode de domination peut s’articuler à des systèmes économiques, sociaux et politiques très divers • 7. Critiquer son propre camp
  • Chronique 8
    Ni anarchiste ni tory [Texte intégral]
    Orwell et « la révolte intellectuelle »
    1. Hétérodoxie et vérité • 2. Pourquoi Orwell n’est pas devenu un Waugh • 3. Orwell et l’échec du socialisme • 4. « Anarchiste tory » ? L’enjeu du débat • 5. « La révolte intellectuelle » • 6. Premier débat : optimisme contre pessimisme • 7. Deuxième débat : La question philosophique et politique du bonheur • 8. Troisième débat : socialisme et religion • 9. La définition orwellienne de l’anarchisme tory. Orwell contre Swift
  • Chronique 9
    1. Qu’est-ce qu’un libéral ? • 2. Libéralisme, socialisme, anarchisme • 3. « La liberté, c’est de dire que deux et deux font quatre » • 4. A-t-on besoin d’une théorie en politique ? • 5. Des intellectuels ordinaires
  • Chronique 10
    Comment Eric Blair est devenu George Orwell
    1. Sur quelques malentendus concernant George Orwell • 2. La route de Mandalay à Wigan • 3. Ceux qu’Eric Blair n’est pas devenu
  • Chronique 11
    1. La violence d’un grand écrivain • 2. Quelques mots sur Les Géorgiques • 3. La structure du chapitre IV des Géorgiques • 4. Trois méthodes de réécriture et leurs effets • 5. Orwell et O
  • Abréviations • Ouvrages

  • Maitre de conférences en philosophie au Collège de France, attaché à la chaire de métaphysique et philosophie de la connaissance.

mardi 20 avril 2010

Noam Chomsky Raison & liberté Sur la nature humaine, l’éducation & le rôle des intellectuels


















Noam Chomsky
Raison & liberté
Sur la nature humaine, l’éducation & le rôle des intellectuels

Préface de Jacques Bouveresse
Traduit de l’anglais par Frédéric Cotton, Aude Bandini et Jean-Jacques Rosat
Textes choisis et présentés par Thierry Discepolo et Jean-Jacques Rosat
Agone
2010



Présentation de l'éditeur
« L’action politique et sociale doit être ­animée par une vision de la société future et par des jugements de valeur explicites, qui doivent ­découler d’une conception de la nature humaine. Si l’esprit humain était dépourvu de structures innées, nous serions des êtres indéfiniment malléables, et nous serions alors parfaitement appropriés au formatage de notre comportement par l’État autoritaire, le chef d’entreprise, le technocrate et le comité central.
Ceux qui ont une certaine confiance dans l’espèce humaine espéreront qu’il n’en est pas ainsi. Je pense que l’étude du langage peut fournir certaines lumières pour comprendre les possibilités d’une action libre et créatrice dans le cadre d’un système de règles qui reflète, au moins partiellement, les propriétés intrinsèques de l’organisation de l’esprit humain. »

Ce livre réunit onze textes de Noam Chomsky pour la plupart inédits en français. Offrant un large panorama de ses idées, il fait apparaître le fil qui relie son socialisme libertaire à son œuvre de linguiste et à son anthropologie : notre irrépressible besoin de liberté est inséparable de la créativité illimitée du langage qui fait de nous des êtres humains. Chomsky montre comment l’école et l’université pourraient éduquer à autre chose qu’à l’obéissance, les intellectuels de gauche jouer un autre rôle que celui de commissaires du contrôle des esprits, et les mouvements civiques et sociaux imposer des réformes radicales. C’est en héritier des Lumières et de la tradition rationaliste que Chomsky pense et intervient.
Linguiste, Noam Chomsky est professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology (MIT, Boston). Parallèlement à sa prestigieuse carrière universitaire, il est mondialement connu pour son engagement politique et sa critique de la politique étrangère des États-Unis.
Du même auteur chez Agone ; Responsabilités des intellectuels, 1998, De l’espoir en l’avenir, 2001, De la guerre comme politique étrangère des États Unis, 2004, La Fabrication du consentement, 2008.
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TABLE DES MATIÈRES

Chomsky devant ses calomniateurs. Quelques observations,
préface de Jacques Bouveresse

Première partie. La nature humaine
1. Langage et liberté (1970)
2. Un savoir qui ne s’apprend pas (1983)
3. Égalité. Sur le développement du langage, l’intelligence humaine et l’organisation sociale (1987)

Deuxième partie. Les intellectuels contre la vérité
1. Les intellectuels de gauche et l’objectivité (1968)
2. Science et rationalité (1992)

Troisième partie. Les intellectuels et le contrôle des esprits
1. La prêtrise séculière et les périls de la démocratie (1999)
2. Propagande et contrôle de l’esprit public (1997)

Quatrième partie. Éducation à l’obéissance, éducation à la liberté
1. La guerre froide et l’université (1997)
2. Quelques remarques sur l’éducation devant la Commission du MIT (1969)
3. Pour la défense du mouvement étudiant
4. Pour en finir avec la domestication à l’école (1999)

*****

Les politiciens sophistes et les intellectuels cherchent à dissimuler le fait que la caractéristique essentielle et véritablement déterminante de l’homme réside dans sa liberté. « Ils attribuent aux hommes un penchant naturel à la servitude par la patience avec laquelle ceux qu’ils ont sous les yeux supportent la leur, sans songer qu’il en est de la liberté comme de l’innocence et de la vertu, dont on ne sent le prix qu’autant qu’on en jouit soi-même et dont le goût se perd sitôt qu’on les a perdues. » A contrario, Rousseau demande « si, la liberté étant la plus noble des facultés de l’homme, ce n’est pas dégrader sa nature, se mettre au niveau des bêtes esclaves de l’instinct, offenser même l’auteur de son être, que de renoncer sans réserve au plus précieux de tous ses dons, que de se soumettre à commettre tous les crimes qu’il nous défend, pour complaire à un maître féroce ou insensé ». C’est aussi la question posée en termes similaires par nombre de réfractaires à l’incorporation au cours de [la guerre du Vietnam] et par bien d’autres encore qui se remettent à peine de la catastrophe qu’a représenté le xxe siècle pour la civilisation occidentale et qui a si tragiquement confirmé l’opinion de Rousseau.
Rousseau voit dans « les prodiges qu’ont faits tous les peuples libres pour se garantir de l’oppression » la démonstration de sa doctrine selon laquelle le combat pour la liberté est un attribut fondamental de l’homme et que la valeur de cette liberté n’est reconnue qu’aussi longtemps qu’on en jouit. En effet ceux qui ont abdiqué la vie d’homme libre « ne font que vanter sans cesse la paix et le repos dont ils jouissent dans leurs fers, […] mais quand je vois les autres sacrifier les plaisirs, le repos, la richesse, la puissance et la vie même à la conservation de ce seul bien si dédaigné de ceux qui l’ont perdu ; quand je vois des multitudes de sauvages tout nus mépriser les voluptés européennes et braver la faim, le feu, le fer et la mort pour ne conserver que leur indépendance, je sens que ce n’est pas à des esclaves qu’il appartient de raisonner de liberté ».
Quarante ans plus tard, Kant exprimait des idées plus ou moins identiques. Il lui est impossible, dit-il, d’accepter l’idée selon laquelle certaines personnes « ne sont pas mûres pour la liberté », comme par exemple les serfs appartenant à des propriétaires : « Si l’on accepte cette idée, on n’atteindra jamais à la liberté car on ne peut devenir mûr pour la liberté sans l’avoir auparavant conquise. On doit être libre pour apprendre à faire usage de ses capacités librement et utilement. Les premières tentatives seront sans doute brutales et conduiront à un état des choses plus douloureux et dangereux que la situation antérieure placée sous la domination mais également sous la protection d’une autorité extérieure. Néanmoins, on ne peut atteindre à la Raison qu’au travers de ses propres expériences et il faut être libre pour être capable de vivre ces dernières. »
Cette remarque est particulièrement intéressante en raison de son contexte. C’est en pleine Terreur que Kant défendait ainsi la Révolution française contre ceux qui prétendaient qu’elle apportait la preuve que les masses n’étaient pas prêtes à se voir conférer le privilège de la liberté. Aucun individu rationnel ne peut approuver la violence et la terreur. Surtout que la terreur de l’État post-révolutionnaire tombé entre les mains d’une sinistre autocratie a plus d’une fois atteint un niveau indicible de sauvagerie. Mais aucun individu doué de compréhension ou d’humanité ne condamnera cependant trop rapidement la violence qui explose souvent lorsque les masses trop longtemps soumises se dressent contre leurs oppresseurs ou font leurs premiers pas sur la voie de la liberté et de la refondation sociale.