mardi 8 décembre 2009

Le Plan B N°21




Au sommaire

Accident civique
(p. 3)

« Erreur civique », tranche Laurent Joffrin à propos du désintérêt populaire pour les questions européennes. Avec la désignation d’un « président de l’UE », les journalistes avaient de quoi faire preuve de « pédagogie ». Mais Joffrin ment, énormément…

La « cité de la peur » se rebiffe contre TF1 (p. 4) http://leplanb.org/La-cite-de-la-peur-se-rebiffe.html


La chaîne du groupe Bouygues avait racolé six millions de télespectateurs en présentant un quartier HLM de Maubeuge comme un coupe-gorge tropical. Les habitants ont modérément apprécié.

Corruption sur ordonnance (p. 5)
Pour les grands laboratoires pharmaceutiques, avides d’écouler leurs pilules, le médecin est un VRP idéal. D’où l’intérêt de le corrompre dès l’amphithéâtre. Médecin biologiste dans un grand hôpital, un témoin sardon nous raconte sa scolarité.

Les petits procureurs d’Action directe (p. 6)
Depuis vingt-trois ans, le sujet est pressé jusqu’au trognon. Mais les journalistes d’investigation réussissent encore à en extraire quelques gouttes…

Dossier : les falsificateurs de l’histoire (p. 8-11)
- Les vautours de Timisoara (p. 8-9)

En décembre 1989, la découverte d’un « gigantesque charnier » en Roumanie démontrait l’horreur du communisme et la cruauté de Nicolae Ceausescu. 20 ans après, Le Plan B se souvient de cette grande leçon de journalisme.

- Le jour où Radio France a colonisé Berlin (p. 10-11)

Le 9 novembre, les divisions blindées du Parti de la presse et de l’argent (PPA) déferlaient sur la capitale allemande pour célébrer « vingt ans de liberté ». Le Plan B s’est invité à cette grande fête du pluralisme…

Les médias sur un lit de roses (p. 12-13)
En novembre, le PS déposait une proposition de loi destinée à combattre les « relations coupables entre le pouvoir exécutif et les grands groupes qui possèdent les principaux médias ». Mais son initiative n’a pas traumatisé le Parti de la presse et de l’argent…

Le pétard mouillé des nihilistes russes (p. 14)
Né en Russie dans les années 1860, le mouvement nihiliste prônait l’émancipation de l’individu par la connaissance scientifique et l’action violente. Ses adeptes réussirent à éliminer le tsar Alexandre II mais pas à vaincre le scepticisme des foules. Où est passée l’insurrection qui devait venir ?

Michel Onfray
, traducteur de colère (p. 15)
Invité dans l’émission de Taddéi pour deviser de l’identité nationale avec Eric Besson, le philosophe hédoniste livre une brillante prestation. Comme toujours.

Le procès de Bernard Guetta (p. 16)
Europhile fanatique, prophète aux mille erreurs, collègue de Nicolas Demorand sur France Inter : les chefs d’accusation ne manquent pas au tribunal de la Sardonie. Découvrez l’astucieuse plaidoierie qui sauvera le soldat Guetta.
http://leplanb.org/

Entretien avec Annie Gonzalez & Pierre Carles, deux tricards du petit écran

Entretien publié sur ARTICLE XI, voir le lien en bas de la page.






Entretien avec Annie Gonzalez & Pierre Carles, deux tricards du petit écran

lundi 7 décembre 2009, par JBB

Censure télévisée

Il y a toutes les chances pour que tu connaisses déjà Pierre Carles et que tu aies vu au moins l’un de ses films (sinon tous). On est entre gens sympathiques, n’est-ce pas ? Tu as donc sans doute visionné Pas vu Pas pris, joyeuse dénonciation du corporatisme médiatique, regardé l’un des deux opus que Pierre Carles a consacré au travail (Volem rien foutre al païs et Attention danger travail, tous deux coréalisés avec Christophe Coello et Stéphane Goxe) ou scruté avec attention son documentaire autour de Pierre Bourdieu.
Une chose de sûre, pourtant : ces films, tu ne les as pas vus à la télévision française. Depuis la sortie de Pas vu Pas pris, en 1998, et malgré de très respectables chiffres de fréquentation dans les cinémas, Pierre Carles n’y a jamais été programmé. Non qu’il s’en plaigne, hein. Mais pour une fois que la télévision pouvait nous rendre moins cons, c’est dommage.
Faut avouer - enfin - que Pierre Carles n’a pas spécialement cherché à se faire des amis dans les milieux de la télé. En l’un de ses textes, Radicale mauvaise humeur, publié dans un quotidien belge en 1999, le réalisateur (avec Georges Minangoy) de Ni vieux Ni traîtres [1] rappelait que le groupe Action Directe avait, au début des années 1980, fait placarder des affiches listant des « personnes à qui s’intéresser de près » : « On pouvait y lire : "S’ils habitent dans votre quartier, faite-les déménager. Si vous les croisez, faites les changer de trottoir. Si en général ils vous font chier, rendez leur la vie impossible." Suivaient le nom et l’adresse d’hommes d’affaires, de patrons d’industrie, de ministres, de journalistes, de vedettes des médias. On savait encore bien s’amuser, en ce temps-là. » Et Pierre Carles d’expliquer comment trouver les adresses d’Étienne Mougeotte, Alain de Greef, Thierry Ardisson, Michel Field, Laurent Ruquier, Michel Denisot… Avant de conclure : « Les bonnes idées ne manquent pas. Les occasions non plus. À vous de jouer. » Oui : couillu.

Pierre Carles : « C’est évident qu’un texte comme ça n’aurait pas pu être publié en France. Même en Belgique, c’est plutôt étonnant… Le Matin était un journal marginal (aujourd’hui disparu) et il avait donné carte blanche à quelques mauvais esprits - dont Noël Godin, Benoît Delépine ou moi - pour une chronique "mauvaise humeur". »
« De façon générale, la Belgique a toujours été accueillante envers mon travail. Pas vu pas pris y a même été diffusé à la télévision ! Pour moi, c’est presque une terre d’accueil. Les Belges m’ont d’ailleurs invité à une émission style Dossiers de l’écran il y a quelques années, comme si j’étais une sommité de la critique des médias… J’avais accepté parce qu’ils passaient Pas vu pas pris avant et que le débat se tenait en direct. À l’inverse, pas un seul de mes films n’a été diffusé à la télévision française. Pas un seul en onze ans ! »

Annie Gonzalez : « Je ne produits pas tous les films de Pierre, parce que je n’en ai pas les moyens et que la façon dont on travaille ne le permet pas. Mais j’en ai produit une bonne partie, dont Pas vu Pas pris, Enfin Pris ?, La sociologie est un sport de combat, Volem rien foutre al païs et Attention danger travail ; je suis aussi la productrice de Fin de concession qui, d’une certaine façon, se place dans la continuité de Pas vu Pas pris. En moyenne, ces films ont fait 100 000 entrées au cinéma. Les mêmes, pourtant, n’ont jamais été achetés par le petit écran ! C’est quand même un cas unique… »

Pierre : « Ce n’est pas que j’en souffre personnellement… Mais c’est totalement anormal que des films ayant un tel succès ne soient pas diffusés sur le réseau hertzien. D’autant que le blocage ne vient pas de nous : avec Annie, on propose toujours nos films à la télévision. Fin de concession, par exemple, a été proposé à Planète ; La Sociologie est un sport de combat l’avait été à Arte. »
« Dans la pratique, on ne rejette donc pas le financement de la télévision. Juste : on ne veut pas en dépendre. Je pense que nos films sont refusés parce qu’on renvoie les gens de télé à leur propre incompétence. Et aussi parce qu’il s’agit de sujets sensibles. Prend Attention danger travail : en 2002, quand il est sorti, personne ne voulait donner la parole aux déserteurs du travail… »
« C’est possible que ma personnalité et mes rapports au monde de la télé jouent aussi dans ce refus constant. Mais tout autant que notre façon de faire : nous sommes autonome, nous n’avons pas besoin d’eux. Qu’ils nous suivent ou pas, le film sortira. »

Annie : « C’est d’ailleurs la première chose que j’entends, quand je décroche mon téléphone pour proposer un film de Pierre Carles aux chaînes : "De toute façon, vous le ferez quand même…" »
« C’est clair qu’il y a aussi dans ces refus une volonté de punition, de sanction. Au moins pour Pas vu Pas pris. »

Pierre : « C’est finalement très paradoxal. On se retrouve dans une situation où les chaînes de télévision refusent de faire de l’argent avec mes films… »
« Ils ne m’ont pas pardonné d’avoir transgressé les règles, la loi du milieu. Puisque je ne joue pas le jeu, c’est logique que j’en sois banni. Ça renvoie à leurs contradictions ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de censure à la télévision française ; de fait, il y en a une, j’en suis la preuve. Je ne doute pas que si demain je proposais un portrait complaisant de Nicolas Sarkozy aux chaînes de télé, je n’aurais plus aucun problème pour être diffusé sur le réseau hertzien. »
-
Fin de Concession

De Fin de Concession, Pierre Carle et Annie Gonzalez nous ont montré deux scènes emblématiques, aussi jouissives l’une que l’autre. La première, je t’en ai parlé en introduction. Dans la seconde, Pierre Carles - alias Carlos Pedro, toujours - rencontre Charles Villeneuve. L’interroge sur le lien entre la télévision française et le pouvoir. Et lui met peu à peu la puce à l’oreille : « Vous êtes sûrs que vous travaillez pour une chaîne généraliste ? », demande l’ancien présentateur du Droit de Savoir. Subodorant une entourloupe, Villeneuve interrompt finalement l’entretien sur ces mots : « Je me suis déjà fait piéger une fois sur TF1, ça n’arrivera pas deux fois. »
Finalement : si. Charles Villeneuve a été piégé, derechef. Et par le même réalisateur : quand il dit s’être fait « piéger une fois », c’est à Pas vu pas pris qu’il pense… Comment dit-on ? Ah oui : dommage…

Pierre : « Fin de Concession part de deux constats. De un, il n’existe aucun documentaire de fond sur les rapports entre Nicolas Sarkozy et les médias. De deux, il n’existe pas non plus de documentaire sur la façon dont un immense groupe de BTP a pu faire main basse sur la première chaîne publique française. C’est quand même quelque chose d’incroyable : en 1987, le groupe Bouygues a littéralement acheté l’accès à un téléspectateur français sur deux ! Mais il n’a respecté aucune des promesses faites lors de l’octroi de cette concession. À tel point que celle-ci aurait pu être annulée, en 1994, si la loi Carignon n’avait pas rendu son renouvellement à peu près automatique. »
« Il faut quand même rappeler que les représentants du groupe Bouygues avaient raconté n’importe quoi lors de leur audition par la CNCL, ancêtre du CSA. Ils promettaient par exemple la diffusion d’opéra et de pelote basque, et osaient parler de "mieux-disant culturel". Ils n’avaient d’ailleurs pas davantage respecté les engagements pris dans leur cahier des charges. »

« Pour moi, l’histoire entre Sarkozy et TF1 commence réellement en 1993. La chaîne venait d’être mise à l’amende par le CSA, pour ne pas avoir respecté ses obligations en matière de diffusion des œuvres françaises. Un jeune député avait été invité au journal pour dire combien cette amende était un scandale. Ce jeune député était Nicolas Sarkozy et c’était le début d’une étroite relation. »

« Ce qui est intéressant, c’est qu’il n’y a jamais eu de fiction ou de documentaire audiovisuel sur le rachat de TF1. Il y a bien un très bon bouquin, TF1 un pouvoir, une enquête de Pierre Péan et Christophe Nick parue en 1997, mais ce livre n’est pas du tout centré sur Nicolas Sarkozy. On y voit par contre énormément son favori du moment, Edouard Balladur, lequel a bénéficié d’une incroyable ouverture médiatique lors de la présidentielle de 1995. Avec notamment ce discours de remerciement, lors des vœux de Balladur à la presse : "Je suis très content de vous, vous avez fait du très bon travail." »
-
Questions de forme

Qu’il prenne à partie Étienne Mougeotte en lui reprochant vertement l’orientation droitière de TF1, piège joliment Karl Zéro dans Pas vu Pas pris ou envoie un de ses amis à la rencontre du directeur de la rédaction de Charlie Hebdo pour l’interroger sur l’héritage (nié) de Choron [2], il y a une façon de mener (tambour battant) les choses qui n’appartient qu’à Pierre Carles. Un très efficace mélange de naïveté, de culot et de machiavélisme, pour mettre à nu les compromissions et contradictions de ses interlocuteurs. « Ce n’est pas gentil », lui sort un Karl Zéro faussement compréhensif. « Pas gentil », peut-être. Mais ça fonctionne tellement bien…

Pierre : « L’aspect le plus intéressant de Pas vu Pas pris est qu’il a été un déclencheur : les réactions qu’il a soulevées illustraient parfaitement le corporatisme des journalistes. »
« Au fond, le document sur lequel était centré le film [3] n’était qu’un prétexte, le révélateur des lois du milieu. Tous ceux qui se sont indignés ont fait mine de croire que l’intérêt éventuel de Pas vu Pas pris résidait dans la valeur de cette séquence montrant Mougeotte et Léotard. Alors qu’il n’était bien évidemment pas là. »

Annie : « C’est d’ailleurs toute l’originalité du travail de Pierre : il écrit réellement un récit. Il joue, prend position, se met en scène, et ces éléments deviennent des dispositifs de l’action. »

Pierre : « Il faut dire que j’ai été bien aidé par les intéressés. Jacques Chancel, Karl Zéro, Charles Villeneuve… tous se sont ingéniés à se montrer sous un jour intemporel, à réagir en hommes de pouvoir. On peut même dire qu’ils ont écrit en partie le scénario et qu’ils ont été très bons dans leurs rôles respectifs… »
« Pas vu Pas pris est d’abord un film sur le pouvoir. Il montre comment réagissent les hommes de pouvoir quand on tente de fissurer leur image, et donc quand on attaque leur porte-monnaie. Cette réaction-réflexe face à la menace est universelle. »

Annie : « Pas vu Pas pris a finalement très bien marché. C’est moins le cas d’Enfin Pris, sorti quatre ans plus tard et qui n’a fait "que" 55 000 entrées. Je pense qu’il est quand même devenu un classique du cinéma de réflexion, à l’image du documentaire sur Pierre Bourdieu. »
« Ce qui m’intéresse vraiment dans les films de Pierre, c’est qu’ils ne ressemblent à aucun autre. À la présence physique de Pierre Carles s’ajoutent un long travail de montage et un travail spécifique sur les archives, des éléments historiques existant déjà mais qu’il décide de sortir du flux et de mettre en perspectives. Ses films sont constitués de paliers, avec un lot d’informations supplémentaires à chaque étape. Je trouve ça très excitant. »

Pierre : « Ce qui m’a plu dans le travail de Michael Moore, c’est sa capacité à faire des films drôles sur des sujets graves. Dans Roger et moi, il réussissait à conter l’effondrement de Flint de manière très drôle. À l’époque, il faisait en outre confiance au spectateur, il ne le prenait pas totalement en main. Aujourd’hui, c’est différent… »
« Aller voir les représentants du pouvoir est finalement un ressort scénaristique assez classique, façon David contre Goliath. Tout son intérêt réside dans le fait qu’il peut provoquer la surprise et se révéler très inattendu. Et puis, il y a un plaisir assez narcissique à aller provoquer les puissants… »
« Mais s’il y a un film qui m’a vraiment inspiré, c’est Hôtel Terminus de Marcel Ophuls. On sent dans cette œuvre une conception du cinéma et du documentaire très pure, quelque chose qui a vraiment fait avancer le schmilblick. On est à des lieux d’un personnage comme Ardisson, qui a pourtant l’incroyable prétention d’avoir inventé quelque chose à la télévision. »
-
Système et dépendance

En questionnant la lutte armée, en donnant longuement la parole à des gens se plaçant d’eux-mêmes dans la marge ou en pointant les dérives de ceux qui détiennent le pouvoir médiatique, c’est finalement l’étonnante longévité d’un système qui aurait dû depuis longtemps s’écrouler que Pierre Carles interroge. Pourquoi et comment tient-il ?

Pierre
: « Je suis finalement très étonné que notre société ne connaisse pas davantage de violences. Comment se fait-il qu’il n’y ait pas plus d’émeutes, plus d’habitants de banlieues brûlant écoles et bibliothèques et s’en prenant aux symboles de l’État ? Pourquoi n’y a t-il pas plus de violences ? C’est une très bonne question. Elle mériterait un film, mais personne ne le financerait… »

Annie : « Dans Volem rien foutre el païs, on voit des gens qui proposent des réponses collectives, trouvent des façons de se débrouiller pour devenir autonomes. »

Pierre : « Ce film se termine sur la question que je pose à Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense : à l’occasion d’un exercice militaire, je lui demande si l’armée pourrait intervenir pour mettre au pas ceux qui décident de se couper de la société de consommation. En réponse, elle m’avait regardé d’un air interloqué… »
« Quelques années plus tard, c’est pourtant bien l’armée - c’est à dire la gendarmerie - qui est intervenue à Tarnac parce qu’il est reproché à certains de ses habitants de ne pas respecter les normes en matière de mode de vie. La question finale du film avait quelque chose de prémonitoire, finalement. »

Pierre : « Prend notre exemple. Si on voulait être indépendant jusqu’au bout, il faudrait qu’on trouve un moyen d’être diffusé et projeté dans des lieux où on n’est pas censé exister. Parce qu’il faut voir les choses en face : notre public est sociologiquement très connoté, avec un certain niveau de revenu et d’étude. C’est particulièrement vrai pour les gens qui vont voir nos films dans le réseau des salles de cinéma d’art et d’essai. »
« Dans La sociologie est un sport de combat, il y a une séquence tournée au Val-Fourré, avec des jeunes qui bousculent un peu Pierre Bourdieu. Après sa sortie, on est retourné au Val-Fourré pour projeter le film : dans le public, il n’y avait à peu près que des profs et des membres de la classe moyenne… Il ne faut pas mésestimer les barrières de classe. »
Notes

[1] Ni Vieux Ni traîtres est un (excellent) documentaire de Pierre Carles et Georges Minangoy, dans lequel il part à la rencontre d’anciens des Groupes d’action révolutionnaires internationalistes (GARI) et d’Action Directe. En filigrane, la question de la légitimité de la violence et de la fidélité à ses idéaux.

[2] Tu noteras que Choron Dernière, documentaire de Pierre Carles et Martin sur ce personnage extraordinaire qu’était le professeur Choron, vient de sortir en DVD. Je dis ça, je dis rien…

[3] Soit l’enregistrement de quelques minutes de discussion entre François Léotard, alors ministre de la Défense, et Etienne Mougeotte, directeur des programmes de TF1. Une conversation tenue juste avant l’ouverture du journal et illustrant la complicité régnant entre les deux hommes. D’abord publiée, sous forme d’extraits, par Le Canard Enchaîné, la séquence est ensuite devenue le point de départ d’un reportage réalisé par Pierre Carles sur commande de Canal + et portant sur la "télé, le pouvoir et la morale". La chaîne ayant, sur décision d’Alain de Greef, refusé de le diffuser, Pierre Carles l’a étoffé. Il est devenu Pas vu Pas pris, documentaire indépendant.

source: http://www.article11.info/spip/spip.php?article632

mardi 17 novembre 2009

24 novembre, Intervention d'Olivier Mauco

24 novembre, 21H30, Intervention d'Olivier Mauco
Les contenus politiques et idéologiques dans les jeux vidéo
sur l'espace second life Médias Critique
(à l'invitation de Kraken-Art)

Écoutez Mauco dans l'émission sur le serious game: Place de la toile, France Culture http://www.gameinsociety.com/post/2009/11/14/Emission-sur-le-serious-game-%3A-Place-de-la-toile%2C-France-Culture

Suivez ces liens pour écouter et poser vos questions sur l'espace second life de Médias critique:
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Espace second life de Médias Critique





vendredi 13 novembre 2009

Trois petits films contre le grand capital








Parution : 15/05/2009
20.00 euros

Trois petits films contre le grand capital
co-édition Plan B
Vente en France exclusivement

[DVD destiné à un usage exclusivement privé ; pour toute autre utilisation (diffusion publique, gratuite ou non), pour les institutions (tarif DVD à 60 euros) et pour l’étranger, merci de prendre contact directement avec cp-productions@wanadoo.fr]

Y a porte ouverte, chez les pauvres. Tout l’État rentre dedans, l’huissier, l’éducateur, le policier – et le journaliste à leur suite. Mais chez les riches, t’as le visiophone à l’entrée. Le digicode. Les codes tout court. Pénétrer chez eux, avec une caméra comme cheval de Troie, y a rien de plus drôle, mais rien de plus dur. Et les voilà, cette fois, par trois fois même, on y est : au premier rang chez les possédants. Dans le banquet des « maîtres » du Québec – qui se prétendent tous « magnificent » et « beautiful », avec Le temps des Bouffons. Chez ce fils de pub en Désarroi esthétique, avec « Bison futé » pour toute oeuvre et néanmoins persuadé de son « génie ». Chez les futurs « cadres en fonction », enfin, de L’Initiation, petits maîtres en cravates, à qui on enseigne sur un tableau le « costume », la « confiance », et « le sens qui est là : moi ». Parce qu’« on ne naît pas comme ça, on le devient » : leur ego grossit comme le crapaud de la fable, assez pour occulter le reste des vivants. (François Ruffin)

Le temps des bouffons
15 mn, Québec, 1985
Scénario, réalisation, production : Pierre Falardeau
Applaudissons-nous, we are magnificent people !

Le désarroi esthétique
14 mn, France, 1996
Réalisation : Pierre Carles
Image : Igor Ochronowicz, Jean-Michel Vennemani
Son : François de Morant, Joël Flescher
Montage : Françoise Lannoy
Je reviens toujours à « Que faire de cette liberté ? »
C’est à la fois un bonheur, un désarroi, une sorte de désarroi esthétique.

L’Initiation
63 mn. France, 2007
Réalisation : Boris Carré et François-Xavier Drouet
Image : Bartek Woznika – Montage : Agnès Bruckert
Producteur : Thomas Muselier (Superlux films)
Quand on restructure, on dégage. On prend un fichier Excel. On met des noms. Des gens que vous ne connaissez pas, donc c’est pas très grave. On s’en fout, d’accord ?

Zone 2 • DVD 9 • PAL – son MONO • Écran 4/3 • Film VO, pas de sous-titrage
http://atheles.org/cpproductions

jeudi 12 novembre 2009

Les éditocrates. Ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n'importe quoi



Les éditocrates
Ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n'importe quoi
Mona CHOLLET, Olivier CYRAN, Sébastien FONTENELLE, Mathias REYMOND
Collection : Cahiers libres
La DECOUVERTE

Présentation de l'éditeur

Vous les connaissez bien. Leur visage et leur voix vous sont familiers.
Ils signent tous les jours un éditorial dans la presse écrite ; ils livrent une chronique chaque matin sur une antenne de radio ; ils occupent les plateaux des grandes - et des petites - chaînes de télévision ; chaque année, voire plusieurs fois par an, leur nouveau livre envahit les tables des librairies.
« Ils », ce sont les « éditocrates ». Ils ne sont experts de rien mais ils ont des choses à dire sur (presque) tout et, à longueur de journée, ils livrent à l'auditeur-lecteur-télespectateur-citoyen leurs commentaires creux ou délirants sur le monde comme il va et comme il devrait aller. Sentencieux, ils racontent (à peu près) tous la même chose et dans (presque) tous les domaines, que ce soit sur la vie politique, la crise économique, les problèmes de société, les questions internationales, etc. Pontifiants, ils répètent à tout bout de champ qu'ils sont « politiquement incorrects » - alors qu'ils sont les plus illustres représentants du conformisme intellectuel.
À travers dix portraits drôles et corrosifs, ce livre dévoile l'imposture de ces professionnels de la pensée-minute.


table des matières


Introduction. Les fabricants du consentement : voyage en éditocratie
Alain Duhamel, le cardinal des éditocrates, par Olivier Cyran
« J'ai bati ma carrière sur les cumuls et j'ai bonne conscience »
L'unique embarcadère d'un parcours irréprochable
Enfoncer les clous de la « réforme »
Bernard-Henri Lévy, ou la vérité à distance, par Sébastien Fontenelle
Un audacieux touche-à-tout
Choses (presque) vues en Bosnie et en Algérie
Israël, juillet 2006 : « Une armée plus sympathique que martiale »
Géorgie, août 2008 : Gori « réduite à l'état de ville fantôme »
Au pays (imaginaire) de la gauche antisémite
Gaza, janvier 2009 : quand Israël entreprend de « libérer les Palestiniens du Hamas »
Gaza by night
Christophe Barbier ou la « génération saine », par Olivier Cyran
« La moitié de mes déjeuners avec les politiques, les autres en interne »
« Il semble admis que ce pays soit atteint de \"palu social\" »
« Aider les meilleurs à être plus forts encore »
« Mon édito est adapté au Web, mais est-il adapté au téléphone portable ? »
Jacques Attali, l’insubmersible imposteur, par Mathias Reymond
Le « roi des ondes »
(Grosses) approximation et (vastes) emprunts
Jacques le Modeste
Alexandre Adler, l’imagination au pouvoir, par Sébastien Fontenelle
Le Nostradamus des urnes
« Un esprit indépendant, libre de tout engagement et de toute contrainte partisane »
Du Komintern aux « néocons » : la bascule d'Alexandre le rouge
Sus aux Tchéchènes et aux hitléro-trotskistes !
L'antiaméricanisme est (aussi) un antisémitisme
Quand l'Espagne vote pour Hitler
Haro sur le « fasciste » Besancenot, ou l'hitlérisme à nos portes
Laurent Joffrin, ou la victoire du capitalisme dans la gauche, par Sébastien Fontenelle
« La vie est ailleurs : elle sourd de la crise par l'entreprise, par l'initiative, par la communication »
Le Nouvel Obs, un « Gala pour les riches »
« Le problème, c'est les trotskistes »
« Sacré Joffrin ! »
Jacques Marseille au secours des riches, par Olivier Cyran
« La pauvreté, c'est essentiellement subjectif »
Quand l'historien Jacques Marseille réécrit l'histoire du patronat
« Il fallait pas négocier ! Il fallait pas négocier ! »
« Bienvenue chez les Français »
Nicolas Baverez, la sentinelle du patronat , Sébastien Fontenelle
Un fauteuil au Medef
Un « essayiste brillant »
Une « guerre civile entre les races »
Les 35 heures, « c'est de l'alcoolisme »
Nicolas Baverez ose tout
Le capitalisme est une émancipation
Ivan Rioufol, l’imprécateur du vendredi, par Sébastien Fontenelle
Le maquisard d'une guerre imaginaire
Amalgames (très) grossiers
Furieuses phobies
Le croisé des combats contre le « totalitarisme bourgeonnant »
Philippe Val, le Torquemada de Radio France, par Mona Chollet
Intolérance à la contradiction
Le « politiquement correct » du nouveau Charlie-Hebdo
« Les vrais éditorialistes sont comme ça »
Le grand art du verrouillage
Agiter le spectre de l'islamisation
« Priorité absolue »... à l'ambition.



Mona Chollet, 34 ans, journaliste au Monde Diplomatique, animatrice du site « peripheries.net », est l'auteur de La tyrannie de la réalité (Calmann-Lévy, 2004 / Folio – Gallimard, 2006).

Olivier Cyran est journaliste.

Sébastien Fontenelle est journaliste.

Mathias Reymond est maître de conférences en sciences économiques.

samedi 31 octobre 2009

Walter, retour en résistance, film de Gilles Perret






Un film de Gilles Perret
production La vaka
Fiche technique

Durée : 83 minutes
Personnage principaux : Walter Bassan, John Berger, Stéphane Hessel et Constant Paisant.
Réalisation : Gilles Perret
Image : Jean-Christophe Hainaud
Son : Didier Frédeveaux
Montage : Alain Robiche
Mixage : Bruno Rodriguez
Etalonnage : Nicolas Straseele
Producteur : Fabrice Ferrari
Production : La Vaka
Distributeur : Jean-Jacques Rue
Distribution : Parasite Distribution
Walter, retour en résistance

Le nom de « Walter » et le mot « résistance », Gilles Perret les a toujours associés. Avant même de savoir ce que cela signifiait, Gilles savait que son voisin Walter avait été déporté dans un camp de concentration du nom de Dachau …

Aujourd’hui Walter Bassan a 82 ans. Il vit avec sa femme en Haute-savoie, et mène une vie pour le moins active. D’écoles en manifestations, de discours engagés en témoignages de la guerre, Walter continue son long combat, fait de petites batailles, contre toutes les formes de démagogies, d’injustices et d’oppressions. De même que lorsqu’il avait 18 ans, et qu’il « jouait » comme il dit, à distribuer des tracts anti-fascistes dans les rues commerçantes d’Annecy alors occupée, Walter agit en écoutant son cœur. « Je n’ai pas changé », comme il se plait à rappeler.

Partageant ces mêmes « raisons du cœur », Gilles Perret réalise ici un portrait vivant de cet homme calme et insurgé. Nous sommes invités à les suivre en passant du Plateau des Glières à Dachau, à faire des retours en arrière pour mieux comprendre l’Histoire, à partager leurs inquiétudes face à un monde où l’inégalité et l’injustice gagnent sans cesse du terrain, à poser les questions qui fâchent...

Sans prétention, et avec la même simplicité et constance que Walter, ce documentaire révèle l’actualité, l’importance, et la nécessité, d’une résistance au quotidien.

N’en déplaise à Bernard Accoyer, président de l’Assemblée Nationale, qui met en garde le réalisateur contre toutes tentatives d’amalgames...
programme original du CNR : http://pagesperso-orange.fr/felina/social/programme_cnr.htm

Site du film http://www.walterretourenresistance.com/

mercredi 7 octobre 2009

à paraître: Choron, dernière, Pierre Carles - Éric Martin




Choron, dernière
CP-Productions
À paraître le 07/12/2009

Pierre Carles - Éric Martin
Choron, dernière

Carles et Martin dessinent à la serpe le portrait du sulfureux et subversif professeur Choron dans ce film tourné sur plusieurs
années, jusqu’à sa mort et même après. Ils nous plongent dans
l’ambiance enfumée des rédactions de Hara-Kiri et Charlie Hebdo
– dont Choron fut le cofondateur –, où les joutes verbales, les provocations et les transgressions vont bon train. Quarante ans plus tard, les rebelles ont rentré leurs griffes. Ils ont gommé le professeur Choron de la photo de famille. Il s’agissait pourtant d’un homme définitivement libre qui bravait les interdits et la morale de notre époque.

DVD Zone 2 • DVD 5 • Pal •
1 h 38 • Format image 1.66 • Écran 4/3

Le professeur Choron, de son vrai nom Georges Bernier, est né le 21 septembre 1929 à Laneuville-aux-Bois en Argonne. En 1948, il s’engage dans l’armée et part en Indochine. À son retour, il entre dans la presse comme colporteur, puis chef des ventes du journal Zéro où il rencontre Fred et François Cavanna.

Septembre 1960 : lancement de Hara-Kiri avec Fred, Cavanna, Reiser et Topor. Wolinski, Gébé et Cabu rejoignent rapidement l’équipe.
1961 : première interdiction de Hara-Kiri qui s’autoproclame « le journal bête et méchant ». Apparition des premiers « Jeux à la con du professeur Choron » dans Hara-Kiri, installé au 4, rue Choron à Paris. Georges Bernier devient le professeur Choron.
1966 : deuxième interdiction de Hara-Kiri.
Février 1969 : lancement de Hara-Kiri Hebdo et de Charlie Mensuel (dont Delfeil de Ton est le rédacteur en chef).
Novembre 1970 : suite à un titre jugé provoquant : Bal tragique à Colombey : un mort, en allusion à la mort du général de Gaulle (et en référence à l’incendie d’une discothèque de Saint-Laurent-du-Pont qui a fait 146 morts), le professeur Choron décide, avec son équipe, de changer le nom de Hara-Kiri Hebdo en Charlie Hebdo, pour contourner
l’interdiction de paraître de l’hebdomadaire.
En tant que directeur de publication, le professeur Choron édite aussi Mords-y l’oeil et La Gueule ouverte (le journal qui annonce la fin du monde), premier journal écologiste radical dirigé par Pierre Fournier.
Dans les années 1970, Siné, Willem, Dimitri, Manchette, Berroyer, Sylvie Caster, Isabelle Cabut, Arthur (l’autre, pas l’animateur de télé), Nicoulaud, Soulas, Carali, Gourio collaborent avec Choron, Cavanna et toute la bande.
1974 : mort de Pompidou. Charlie Hebdo vend à 150 000 exemplaires.
1981 : arrivée de Mitterrand au pouvoir. Les ventes tombent à 30 000 exemplaires. Charlie Hebdo fait faillite. Gestionnaire contesté, le professeur Choron sera désigné comme « responsable » de l’arrêt de l’hebdomadaire par une partie de la rédaction. Hara-Kiri continue de paraître jusqu’en 1989.
Entre-temps, le professeur Choron s’est lancé dans la chanson avec une vingtaine de titres tels que « La Testiculance », « Le Tango des affamés », « Caca chocolat », « Les Pages rouges du Bottin » (musique : Manu Chao). Le groupe Odeurs l’invite à assurer sa première partie à l’Olympia.
1992 : sous l’impulsion du chansonnier Philippe Val, Charlie Hebdo ressort en kiosques. Le professeur Choron tente de faire interdire le titre, sans succès.
1991 : Après avoir édité Grodada, un journal pour enfants, son dernier titre de presse sera La Mouise, vendu par des colporteurs, dans lequel on retrouve les signatures de Vuillemin, Lefred Thouron, Charlie Schlingo, Placid ainsi que les pâtes à modeler d’Otho Puol.
Le professeur Choron meurt le 10 janvier 2005 à l’hôpital Necker. Il est enterré à Paris, au cimetière du Montparnasse avec sa femme Odile Vaudelle (1934–1985).